Depuis le 1er janvier 2023, la plateforme Trackdéchets est devenue obligatoire pour assurer la traçabilité des déchets dangereux, notamment les fluides frigorigènes. Présenté comme un outil de modernisation et de transparence, ce dispositif numérique devait permettre un meilleur suivi des flux et une réduction des fraudes. Pourtant, sur le terrain, de nombreux professionnels dressent un constat bien différent : loin d’améliorer la situation, Trackdéchets pourrait produire des effets contre-productifs majeurs.
Le sujet est loin d’être marginal. En France, les déchets dangereux représentent environ 3 % des déchets produits, soit plus de 10 millions de tonnes par an .
Dans ce cadre, Trackdéchets est devenu un outil central :
Les fluides frigorigènes s’inscrivent dans ces flux, avec une particularité : ils sont hautement climatiques (PRG très élevé) et font l’objet d’un suivi spécifique via les déclarations ADEME et la réglementation F-Gaz.

Depuis 2023, tout fluide frigorigène considéré comme déchet doit obligatoirement être tracé via Trackdéchets (BSFF).
En parallèle, les opérateurs doivent toujours :
👉 Sur le papier, la chaîne est donc extrêmement encadrée et théoriquement étanche.
Malgré cette structuration, de nombreux professionnels constatent une réalité paradoxale :
➡️ moins de fluides semblent revenir dans les filières déclarées.
Il n’existe pas encore de publication officielle consolidée permettant de comparer précisément les volumes avant/après Trackdéchets sur les fluides frigorigènes.
Cependant :
👉 Ce point est crucial : même les données elles-mêmes montrent des limites de fiabilité ou de lecture.
Sur le terrain, plusieurs facteurs sont régulièrement remontés :
👉 Résultat : une partie des opérateurs ralentit ou contourne le système.
Or, dans une filière historiquement encadrée (CERFA + bilans ADEME), la profession avait atteint un certain niveau de maturité.

Les fluides frigorigènes, notamment les HFC, ont un impact climatique extrêmement élevé (jusqu’à plusieurs milliers de fois celui du CO₂).
La réglementation vise justement à :
Mais si les volumes réellement collectés diminuent (ou sont moins déclarés), plusieurs scénarios apparaissent :
👉 Dans ce cas, le système produit exactement l’effet inverse de son objectif.
Autre point critique : les indicateurs environnementaux.
La politique climatique repose en partie sur des données déclaratives :
Si les volumes déclarés diminuent artificiellement, alors : ➡️ les émissions “officielles” baissent… sans que la réalité physique change
Un biais qui peut conduire à une illusion de performance environnementale.
Le cas Trackdéchets illustre un phénomène bien connu :
au-delà d’un certain seuil, la complexité réglementaire réduit l’adhésion réelle.
Alors même que :
👉 l’ajout d’une couche supplémentaire pourrait avoir fragilisé l’ensemble.
Trackdéchets reste un outil puissant, avec une ambition légitime et des volumes importants déjà tracés à l’échelle nationale.
Mais dans le cas spécifique des fluides frigorigènes, plusieurs signaux faibles doivent alerter :
Le risque est clair :
👉 une perte de traçabilité effective derrière une traçabilité théorique renforcée
Dans un domaine où les enjeux climatiques sont majeurs, cela pose une question fondamentale :
mieux vaut-il un système parfait sur le papier, ou un système simple réellement appliqué ?
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